ROAD TRIP DANS L'OUEST AMÉRICAIN
- Olivier Martel, Artiste photographe

- 23 janv.
- 2 min de lecture
Ce que la route fait au regard

"La beauté n’est pas ce que l'on cherche, mais ce qui reste quand on regarde assez longtemps" Robert Adams, photographe
L’Ouest américain ne s'offre pas d’un seul regard
Il se traverse, longtemps
Les distances y travaillent le corps autant que l’image, et la beauté ne surgit pas : elle s’installe, parfois à retardement
La route n’est pas un motif, c’est une méthode : Elle impose un rythme, une fatigue, une attention flottante
À force d’avancer, les paysages cessent d’être spectaculaires : Ils deviennent continus, presque ordinaires, et c’est là que quelque chose commence à se jouer
Ces images ne cherchent pas l’icône, ou presque : Elles naissent de la répétition, de l’attente, des seuils : lignes droites, horizons sans événement, stations services ...
Le grand espace n’est pas un décor, mais une expérience du temps étiré
Photographier ces paysages, c’est accepter que rien n’arrive vraiment
Que le déplacement fasse plus que le point d’arrivée
Que le regard, peu à peu, se déplace lui aussi
Ce récit est une traversée, pas une conquête
Un apprentissage du vide, de la distance, et de ce que l’espace et la route finissent par faire au regard
Les paysages s'étendent, comme une promesse d'éternité

Les routes commencent avant le paysage

L'horizon recule sans effort

Des paysages sans cesse renouvelés

Des jours entiers séparent les rives du Mono Lake

De celles du Lake Powell

Les montagnes, elles, ne promettent rien ou presque :

Quelques sorties de route

Des voies sans issue

Et des détours délicieux

Les déserts succèdent aux montagnes

Les déserts succèdent aux déserts

Des déserts qui imposent leur silence.

Et dévoilent leurs palettes infinies

La route persiste :

Sombres déserts lunaires

Déserts traversés de lumière

Et déserts bariolés

Surplomber au matin la Vallée de sa propre Mort

Paysage définitif traversé par l'asphalte

Paysage à l'immensité redéfinie

Puis refaire le plein d'émotions

Aux déserts succèdent les canyons

Où les paysages entaillent le temps

Et continuent sans moi

Ce qui demeure tient dans une ligne

Le regard apprend à se taire devant ce paysage d'absolu

Avant de reprendre sa marche ordinaire

Le long des berges de la Green River

Ou de cette freeway menant au Pacifique

La route finit toujours par se taire
Pas parce qu’elle s’arrête, mais parce que le regard n’attend plus rien d’elle
Les paysages continuent, identiques et pourtant déplacés
Ce qui change n’est pas ce qui est vu, mais la manière de traverser
À force d’avancer, l’espace cesse d’être une promesse et devient une présence
Il n’y a pas de dernière image, seulement un ralentissement, une distance qui s’installe
Le paysage ne se referme pas : Il se prolonge hors du cadre
Ce récit s’achève ici, face au Pacifique contre lequel l'Ouest vient inexorablement buter
La route, elle, continue...
Si vous avez des projets photographiques, si souhaitez me faire découvrir des paysages ou partager des aventures qui vous tiennent à coeur, n'hésitez pas à me contacter pour en discuter.
Je suis également disponible pour mener des actions de sensibilisation dans des écoles, des entreprises, des manifestations, des séminaires et ailleurs encore.




J'adore. Ca me rappelle des souvenirs. C'est intéressant de voir les points communs avec tes autres photos de montagnes et ta façon de réinterpréter, en nuances de couleurs, motifs et lumières, ces paysages américains très souvent photographiés
Époustouflant Olivier! Bravo!!.
Ne manquent que les chariots des colons et les indiens...encore qu'ils nuiraient à coup sûr à la profondeur et l'esthétique de ces images
L'idée de "l'attention flottante" est, pour moi, une promesse de présence ! Comme ouverture du paysage intérieur qui se donne à voir au regard de "l'autre".
Déjà, avant le visuel,l'exposé invite à la réflexion intérieure...Ensuite, il ouvre la fenêtre sur le panorama et nous invite à franchir le seuil de la porte...Cest alors que l'on fait un pas décisif pour inscrire ce paysage dans notre mémoire ou bien dans un projet. C'est selon.